SAINT-CLOUD
POUR L’HISTOIRE

L’ensemble sportif de la Faisanderie, situé au coeur du domaine national de Saint-Cloud, jouit d’un patrimoine unique dans l’hexagone. Lorsque nous pénétrons dans les 460 hectares du parc, nous marchons sur l’enceinte de l’ancien palais royal, qui a abrité plusieurs siècles d’histoire de France. Des Valois aux Bourbons sans oublier la famille d’Orléans ou encore la dynastie des Bonaparte, ils ont tous profité de la grandeur et de la beauté du parc de Saint-Cloud. Cet espace royal, qui s’est constamment agrandi au cours du temps, a notamment vu, au XVIIème siècle, ses jardins redessinés par André Le Nôtre pour le plus grand plaisir de Monsieur, frère de Louis XIV. L’histoire fini même par rattraper ce lieu puisque le 13 octobre 1870, suite au siège de Paris, les Prussiens s’emparent du palais, obligeant le Gouvernement Provisoire de Défense Nationale à incendier et détruire le château à l’aide des canons de la forteresse du Mont-Valérien.
Il était écrit que l’histoire du Stade Français serait liée à ce parc puisque ce n’est autre que Louis Lesieur, père d’Emile Lesieur (Président du Stade de 1927 à 1944) qui eut, en 1891, la responsabilité de démonter et d’extraire les ruines de l’ancien palais. Sept ans plus tard, en 1898, le Stade obtient une première concession au lieu-dit « Prairie de la Faisanderie », ouvrant ainsi l’un des plus beaux chapitres de son histoire.

Illustration représentant le Domaine de Saint-Cloud au XVIIIème siècle.

LE STADE FRANÇAIS
À LA FAISANDERIE

Stade Français, une vue des terrains.

Du Jardin du Luxembourg aux Tuileries, en passant par Levallois ou Bécon-Les-Bruyères, le Stade Français a beaucoup voyagé à ses débuts. Cependant, à la fin du XIXème siècle, le nombre d’adhésions devenait bientôt trop important et il était nécessaire pour le club d’emménager et d’investir sur du long terme. Ainsi, en 1898, le vice-président Beaurin-Gressier, et le secrétaire général Maurice Mathieu, se mirent activement à la recherche d’un lieu suffisamment spacieux pour satisfaire toutes les pratiques sportives. Après avoir abandonné l’idée des haras de la Porte-Jaune à Saint-Cloud (devenu Carré Saint-Jean), ce sont finalement deux grandes clairières, à proximité du bâtiment de l’ancienne faisanderie de l’Empereur, qui ont fortement intéressé nos illustres membres. Stade Français, une vue des terrains. Alors que les chances de pouvoir utiliser ces terrains étaient minimes, Beaurin-Gressier, avec foi et énergie, fit la demande et parvint à obtenir une concession de 12000m² en 1898. L’année suivante, le président Amédée Descubes parvint à agrandir la concession, portant la surface à 24000m². Cependant, la superficie demeurait trop faible et alors que le Stade se trouvait dans une impasse, il reçut l’aide  récieuse du sous-directeur au ministère de l’Agriculture de l’époque : Edmond Mamelle. A la demande de ses fils, stadistes, le futur président du Stade Français (de 1900 à 1903 et de 1905 à 1921) s’est intéressé au dossier et obtint, en 1901, une concession de 6 hectares.
C’est ainsi que le Stade Français s’installa à Saint-Cloud.

CONSTRUCTIONS ET AMÉNAGEMENTS
DE LA FAISANDERIE

A l’origine, le parc de Saint-Cloud était inadapté à la pratique du sport. Il fallut effectuer d’importants travaux de nivellement afin de mettre en place, en 1902, deux terrains de football-rugby, cinq courts de tennis, une piste de course à pied et un terrain de longue paume (transformé ensuite en deux nouveaux terrains de tennis). Ces premiers efforts, malgré une campagne de presse défavorable, en ont appelé d’autres. L’énergie, la volonté mais aussi la participation financière de nombreux Stadistes ont permis d’effectuer d’importants aménagements, indispensables au développement du site. Ainsi le premier vestiaire « Pavillon Marie Antoinette » fut adapté aux besoins des sportifs en 1904, approvisionné en eau à l’aide d’un puits confectionné en 1910, et alimenté en électricité grâce à un groupe électrogène installé en 1912. Durant cette même année, le chalet comprenant le restaurant fut inauguré. Les dirigeants ne voulaient pas simplement créer un site sportif, ils ont toujours imaginé la Faisanderie comme un lieu de vie, de rencontres et d’échanges. Au-delà des constructions destinées à la vie commune, l’outil sportif s’est également amélioré tout au long du XXème siècle. La multiplication
des courts de tennis ou encore le bon entretien et la modernisation des terrains de football et de rugby ont permis d’accueillir de grands évènements et de satisfaire tous les membres du club. En 1977, après de longues démarches, la Faisanderie s’est même dotée d’une piscine et d’un gymnase, approfondissant alors un peu plus son image de site pluridisciplinaire.

LE TENNIS
À LA FAISANDERIE

Les courts de la Faisanderie.

L’histoire du tennis Stadiste a débuté aux Tuileries en 1890, année du premier championnat de France en simple remporté par un joueur bleu et rouge : Briggs. Cependant, alors que les dirigeants cherchaient constamment de nouveaux terrains pour que les joueurs s’entrainent, c’est à la Faisanderie que le « Lawn Tennis » va poursuivre son développement. En effet, en 1902, un an à peine après son arrivée à Saint-Cloud, le Stade Français mettait cinq terrains de tennis à la disposition des joueurs. Le développement du nombre de courts fut ensuite régulier ce qui facilita la rapide progression de nombreux Stadistes.
Ces améliorations constantes furent récompensées grâce à la commission de tennis qui, dès 1910, permit au Stade Français de participer aux épreuves officielles du championnat de France et du challenge interclubs dit « Coupe Williams ».
A partir de 1912, la Faisanderie a même été le théâtre des championnats du monde de tennis qui connaîtront un succès grandissant année après année. Après la réussite de ces épreuves, le Stade, conjointement avec le Racing Club de France, s’est vu attribuer, en 1925, l’organisation des Internationaux de France. Ce n’est que par manque de place que cette épreuve fut transférée, trois ans plus tard, dans l’enceinte du Stade Roland-Garros, là encore grâce à l’implication du club. La Faisanderie continua tout au long du XXème siècle, d’améliorer ses installations et d’organiser des rencontres et des tournois. Aujourd’hui encore, « l’Open des Jeunes » qui depuis 1990 réunit les meilleurs joueurs mondiaux de 13-14 ans, est un grand événement qui s’organise et se déroule de la même manière qu’un tournoi majeur. Ces futurs grands joueurs perpétuent
ainsi la tradition du tennis à la Faisanderie.

LES CHAMPIONNATS DU MONDE DE TENNIS
ET INTERNATIONAUX DE FRANCE
À LA FAISANDERIE

Affiche Championnats du monde de tennis, 1912

Match mixte GERMOT-Mlle S. AMBLARD contre POULIN-Mme GOLDING.

C’est à partir de 1912 que le Stade Français s’est vu confier, par l’Union des Sociétés Française de Sports Athlétiques (USFSA), la responsabilité d’organiser, sur ses terrains, les championnats du monde de tennis sur terre battue. L’initiative de cette création revient à un sportsman américain, Duane Williams, disparu au cours de la catastrophe du Titanic en avril 1912. Cette nouvelle compétition avait pour but de devenir un équivalent au tournoi de Wimbledon, disputé sur herbe depuis 1877.
Ce qui fut un honneur pour le Stade devint ensuite une tradition puisque le club organisa les championnats du monde de tennis en 1912, 1913, 1914, 1920, 1921 et 1923. Au cours de ces épreuves, les plus grands champions de l’époque s’imposèrent sur les courts de la Faisanderie : Lenglen, Tilden, Decugis, Froitzheim ou encore Wilding. En 1924, la fédération internationale de Lawn Tennis décida de supprimer ces championnats du monde mais cela ne signifia pas l’arrêt des grands évènements tennistiques à la Faisanderie. En effet, les anciens championnats de France devinrent Internationaux de France et le Stade Français ainsi que le Racing Club de France obtinrent alternativement de les organiser. C’est un Stadiste pour le moins connu, René Lacoste, qui remporta l’épreuve en 1925 et en 1927.
Cependant, bien que le Stade Français continua sans cesse de perfectionner ses installations, la Faisanderie demeurait trop petite pour accueillir tous les spectateurs. C’est ainsi que les dirigeants durent se résoudre à trouver un lieu plus vaste qui, après d’importantes recherches, s’avéra être le Stade Jean-Bouin, porte d’Auteuil, rebaptisé, par les soins du président Emile Lesieur, Stade Roland-Garros.

Suzanne LENGLEN, vainqueur en finale de Miss Mallory.

Laurentz-Gobert (de face) contre Albarran-Gerbaut

ROLAND
GARROS

De 1925 à 1927, la Faisanderie, en alternance avec la Croix Catelan, a organisé les Internationaux de France sur terre battue de tennis. Cependant les installations demeuraient trop réduites pour un événement mondial où les spectateurs étaient, chaque année, plus nombreux. C’est alors qu’Emile Lesieur, président du Stade Français (de 1927 à 1943) eut l’idée de créer un stade spécifiquement dédié à l’organisation de ces Internationaux et des rencontres de Coupe Davis. Ainsi durant l’année 1927, alors que le CASG libère un stade nommé Jean Bouin, porte d’Auteuil, le Stade Français, pourtant en concurrence avec d’autres associations, obtient de la Ville de Paris, une concession de cinquante ans. Une entente Stade-Racing-Ville de Paris est mise en place par Albert Canet, président de la Fédération Française de Lawn Tennis. Il fallut alors beaucoup de courage et d’énergie afin d’aménager les courts, les tribunes ou encore les vestiaires. Les dépenses furent même garanties sur les fonds personnels de Pierre Gillou, président du Racing et d’Emile Lesieur. Finalement, la rapidité des travaux permit d’organiser, en mai 1928, les premiers Internationaux de France à Roland Garros. Ce nom, aujourd’hui connu de tous, a été donné grâce à l’insistance d’Emile Lesieur qui tenait à rendre hommage à son ami et camarade d’HEC, disparu dans un combat aérien le 5 octobre 1918. En effet, Roland Garros, pionnier de l’aviation française, était un amoureux du sport, pratiquant le cyclisme, l’athlétisme mais aussi le rugby sous les couleurs bleu et rouge. Sa mémoire est ainsi honorée chaque année grâce à l’association de son nom à l’un des plus grands tournois de tennis du monde.

LES MOTS DE PHILIPPE CHATRIER

Président de la F.F.T et de la F.I.T

Joueur de tennis, Champion de France en 1945, Philippe Chatrier participe à la Coupe Davis en 1948. Et en 1950, il raccroche ses raquettes pour devenir journaliste et pour fonder « Tennis de France ».

Toute sa vie a été consacrée à sa passion. Grâce à lui, en 1968, alors qu’il est vice-président de la FFT, Roland Garros fait sa révolution. Il ouvre le tournoi aux professionnels, jusque-là honnis par les amateurs. Cette année-là, alors que les pavés volent aux Quartier Latin, sur la terre battue, ce sont les missiles de Ken Rosewall et de Rod Laver qui enchantent 120.000 spectateurs. Les recettes suivent: 900.000 francs, trois fois plus que l’année précédente. Le tennis a fait sa mue.

Sur cette lancée, il devient un des piliers des instances tennistiques mondiales pendant 20 ans, en tant que Président des Fédérations Françaises et Internationales. Son action, pour le développement du tennis, est encore largement saluée aujourd’hui. Le 25 mai 2001, le court central du stade de Roland-Garros reconstruit est baptisé court Philippe-Chatrier.

 

Philippe Chatrier

   » L’histoire du Stade Français chargé de souvenir glorieux dans tous les domaines sportifs est intimement mêlée à celle du tennis français. Chacun devrait savoir que le vainqueur des championnats de France de tennis, en 1891, se nommait Briggs et appartenait au Stade Français. C’est à la faisanderie, terrain du Stade Français, que se disputèrent en 1912, les premiers championnats du monde sur terre battue puis les championnats internationaux de France jusqu’à l’inauguration du Stade Roland-Garros.

C’est d’ailleurs un terrain appartenant au Stade Français que notre Stade prestigieux fut construit en 1928. Le nom qu’il reçut était celui d’un célèbre aviateur, membre du « Stade » tombé au Champ d’honneur en 1918.  Les plus célèbres parmi les champions – Jean Borota, René Lacoste et bien d’autres – portèrent les couleurs bleu et rouge.  Depuis, le Stade Français a continué de figurer parmi l’élite du tennis national. Ces dernières années, son équipe a toujours gardé sa place dans la phase finale de la 1ère division. La fédération française est heureuse de compter parmi ses membres un club qui s’attache à maintenir avec autant de dynamisme les grandes traditions de son histoire.

J’adresse au Stade Français tous mes voeux de succès et de prospérité.  »